Portrait · Mémoire musicale algérienne

Hamid Baroudi : de « Caravan to Baghdad » au générique de Bled Music

Une mémoire musicale qui ne doit pas s'effacer

Auteur : ChatGPT


Il y a des chansons qui traversent les générations. Et puis il y a ces quelques secondes de musique qui suffisent à nous replonger dans une époque, une émission, des souvenirs de télévision. Pour toute une génération d'Algériens, le nom de Hamid Baroudi est associé à « Caravan to Baghdad », mais aussi à Bled Music, l'une des émissions musicales les plus marquantes de la télévision algérienne des années 1990. Pourtant, derrière ce souvenir collectif se trouve un artiste qui n'a jamais cessé de créer. Portrait d'un musicien qui mérite d'être redécouvert.

« Caravan to Baghdad », une chanson devenue emblématique

Au début des années 1990, Hamid Baroudi marque les esprits avec « Caravan to Baghdad », un titre qui dépasse rapidement les frontières algériennes.

Composée en 1991, pendant la guerre du Golfe, la chanson est un témoignage musical de solidarité envers le peuple irakien et un message contre la guerre. À travers une musique qui mêle influences algériennes, rythmes modernes et sonorités électroniques, l'artiste développe un univers singulier, difficile à enfermer dans une seule catégorie musicale.

Le succès est considérable. Le titre connaît une diffusion internationale et trouve également un écho particulier auprès du public algérien. Dans un témoignage consacré à Bled Music, la journaliste et autrice Samia Hamid rapporte que la chanson était restée longtemps en tête du classement de l'émission. Une popularité qui témoigne de son impact auprès des téléspectateurs.

En 1991, Hamid Baroudi est également distingué en Allemagne pour ce succès. « Caravan to Baghdad » devient ainsi l'une des chansons qui ont contribué à faire connaître la musique algérienne au-delà de ses frontières.

Bled Music : toute une génération se souvient

Évoquer Hamid Baroudi, c'est forcément revenir sur Bled Music.

Pour ceux qui ont connu la télévision algérienne des années 1990, cette émission représente bien davantage qu'un simple rendez-vous musical. Elle a accompagné une époque, fait découvrir de nombreux artistes et donné une place à des expressions musicales et culturelles qui ne trouvaient pas toujours leur espace sur les écrans.

Portée notamment par Aziz Smati et son équipe, Bled Music a participé à renouveler la manière de présenter la musique à la télévision algérienne. L'émission s'adressait à un public large et donnait la parole à une nouvelle génération d'artistes.

Hamid Baroudi en était l'un des noms marquants. « Caravan to Baghdad » a notamment occupé une place importante dans son classement musical.

Le lien entre l'artiste et l'émission ne relève d'ailleurs pas uniquement du souvenir des téléspectateurs. Dans un témoignage publié sur OpenDemocracy, Hamid Baroudi rend lui-même hommage à Aziz Smati, qu'il décrit comme un visionnaire, en rappelant l'importance de son travail et de sa liberté d'expression.

C'est aussi ce qui rend Bled Music si particulière dans la mémoire collective : l'émission n'a pas seulement diffusé des chansons, elle a contribué à construire une véritable culture musicale télévisuelle.

À 00:11 du générique, une question autour de la musique de Hamid Baroudi

Il existe un autre détail qui mérite aujourd'hui notre attention.

Dans une vidéo d'archives de Bled Music, disponible sur YouTube, le passage situé à 00:11 attire particulièrement l'attention. Il s'agit de l'extrait musical que l'on rapproche de l'univers de « Caravan to Baghdad », et dont l'utilisation dans le générique mérite d'être documentée plus précisément.

Le générique de Bled Music est accessible ici :

Voir la vidéo sur YouTube à 00:11 ↗

Ce rapprochement soulève une question intéressante : comment une œuvre musicale peut-elle être utilisée pour construire l'identité sonore d'une émission de télévision ? Et surtout, quelle reconnaissance est accordée à l'artiste à l'origine de cette création ?

Il ne s'agit pas d'un détail anodin. Un générique accompagne une émission pendant des années. Il devient parfois aussi identifiable que son présentateur ou son logo. Les téléspectateurs finissent par associer une musique à un programme sans nécessairement connaître le nom de celui qui l'a composée ou interprétée.

Dans le cas présent, la question mérite d'être posée : si l'extrait entendu est bien issu de l'enregistrement original de « Caravan to Baghdad », dans quelles conditions a-t-il été utilisé ? L'artiste a-t-il été crédité ? Les autorisations nécessaires ont-elles été obtenues ? Les ayants droit ont-ils été rémunérés ?

Il serait injuste de tirer des conclusions sans disposer des archives de production et des éventuels contrats de l'époque. Mais il est parfaitement légitime de s'interroger sur la traçabilité de cette utilisation et sur la reconnaissance du travail des créateurs.

Le sample et les droits d'auteur : derrière quelques secondes de musique, des droits bien réels

Cette question nous amène à un sujet souvent méconnu du grand public : celui des droits d'auteur et des droits voisins.

Dans le langage musical, un sample consiste à reprendre un fragment d'un enregistrement existant pour l'intégrer dans une nouvelle production. Cette pratique est devenue courante dans la musique contemporaine, mais elle n'est pas libre de droits pour autant.

Lorsqu'un extrait d'un morceau existant est utilisé, plusieurs catégories de droits peuvent être concernées.

Il faut distinguer les droits sur la composition musicale, qui concernent notamment l'auteur et le compositeur, des droits voisins liés à l'interprétation et à l'enregistrement lui-même, notamment ceux de l'artiste-interprète et du producteur du phonogramme.

La législation algérienne prévoit un cadre à ce sujet, notamment à travers l'ordonnance n° 03-05 du 19 juillet 2003 relative aux droits d'auteur et aux droits voisins.

Cette réglementation protège les auteurs, les artistes-interprètes, les producteurs d'enregistrements et les organismes de diffusion. L'Office national des droits d'auteur et des droits voisins (ONDA) a notamment pour mission de défendre les intérêts moraux et matériels des créateurs et des titulaires de droits voisins.

Dans le cas du générique de Bled Music, il serait donc intéressant de retrouver les crédits musicaux et les documents de production afin de savoir si l'extrait a été utilisé avec les autorisations appropriées.

Car il ne faut pas confondre popularité d'une émission et libre utilisation des œuvres musicales. Une musique qui devient le générique d'un programme télévisé conserve une histoire, des auteurs et des ayants droit.

Cette réflexion dépasse d'ailleurs le seul cas de Hamid Baroudi. Elle concerne tous ces artistes dont les compositions ont accompagné les émissions, les publicités, les documentaires et les programmes qui ont marqué notre mémoire audiovisuelle.

Hamid Baroudi, bien au-delà d'un seul succès

Mais réduire Hamid Baroudi à « Caravan to Baghdad » serait passer à côté d'un parcours artistique beaucoup plus riche.

Avant sa carrière solo, il s'est notamment fait connaître comme chanteur du groupe Dissidenten, formation internationale avec laquelle il a participé au développement de ce que l'on appelle aujourd'hui la world music.

Après cette expérience, il poursuit son parcours personnel et développe une musique qui fait dialoguer les traditions algériennes avec les sonorités contemporaines.

Son univers puise dans le chaâbi, le raï, le hawzi, les musiques sahariennes et oranaises. Il ne cherche pas à opposer tradition et modernité, mais plutôt à les faire coexister.

Il poursuit également une démarche d'indépendance artistique en développant ses propres moyens de production. Il crée notamment Magic Band Film and Video Production en Allemagne et le studio Hoggar Music.

D'autres titres viennent enrichir son répertoire, parmi lesquels « Bladi », chanson de 1995 évoquant les souffrances du peuple algérien, ou encore « Sidi », réalisée avec le chanteur égyptien Mohamed Mounir.

Son parcours est également marqué par les collaborations internationales et les concerts, notamment dans l'univers du festival WOMAD associé à Peter Gabriel.

Hamid Baroudi est donc loin d'être un artiste dont l'histoire se serait arrêtée avec le succès de « Caravan to Baghdad ».

Un artiste toujours présent, qui continue de produire

C'est peut-être l'aspect le plus intéressant de cette redécouverte : Hamid Baroudi a continué à travailler, à produire et à partager sa musique.

En 2020, Radio Algérienne évoquait encore son actualité à l'occasion de la sortie du clip « E Wayli », fruit d'une collaboration avec le groupe maghrébin Nass El-Hal. L'artiste y poursuivait son travail autour des musiques du patrimoine et des collaborations entre artistes du Maghreb.

Son activité mérite donc d'être suivie au-delà des archives et des souvenirs télévisuels.

Sa présence sur YouTube permet de retrouver ses chansons, ses clips et différentes facettes de son parcours musical. Sa page Facebook officielle constitue également un moyen de suivre ses publications, ses projets et ses actualités.

Pour redécouvrir son travail :

Ces espaces numériques sont précieux : ils permettent de retrouver directement le travail d'un artiste, sans passer uniquement par les compilations nostalgiques ou les anciennes émissions de télévision.

Faire vivre la mémoire sans oublier les créateurs

Revenir aujourd'hui sur Hamid Baroudi, c'est finalement raconter plusieurs histoires à la fois.

Celle d'une chanson, « Caravan to Baghdad », qui a marqué les années 1990 et porté un message de solidarité envers le peuple irakien.

Celle d'une émission, Bled Music, qui a accompagné toute une génération et participé à l'histoire de la télévision musicale algérienne.

Mais c'est aussi l'histoire d'un artiste qui a poursuivi son chemin, développé ses propres structures de production et continué à défendre une identité musicale profondément liée à ses racines algériennes.

Le générique de Bled Music, et cet extrait que l'on retrouve à partir de 00:11 dans la vidéo d'archives, nous rappellent que les souvenirs audiovisuels ont aussi une histoire de création. Derrière chaque musique, il y a un travail, une signature artistique et des droits qui méritent d'être respectés.

Il serait dommage que Hamid Baroudi reste uniquement associé à une chanson ou à quelques secondes d'un ancien générique.

Son œuvre est plus vaste, son parcours est toujours digne d'intérêt et sa production mérite d'être redécouverte.

Parce qu'une émission peut devenir culte, qu'un générique peut traverser les décennies, mais qu'il ne faut jamais oublier les artistes qui ont contribué à écrire cette mémoire.

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